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Reportages

Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 08:05

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Voici l'émouvant récit d’une amie de forum, collectionneuse de poupées Corolle, les photos qui illustrent cet article sont également de l’auteur…


   Je voudrais vous raconter une histoire qui m'est arrivée il y a une dizaine d'années.
Une amie, collectionneuse de poupées Modes et Travaux, m'avait mis en relation avec une personne qui cherchait à vendre des poupées Corolle. Au téléphone, cette dernière m'expliquait que sa Maman était une grande collectionneuse de poupées, notamment très anciennes de marque Bru, Jumeau, S.FB.J..., mais aussi Bella, Raynal et Corolle. Elle souhaitait se séparer de toutes ces poupées pour lesquelles elle n'avait aucun intérêt afin de pouvoir faire des travaux dans la maison de sa mère et s'y installer définitivement.
Après avoir demandé à une amie de s'occuper de mes enfants, cette dame et moi prenons rendez-vous pour la semaine d'après. Elle habitait à une cinquantaine de kilomètres de chez moi.


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Arrive donc le jour J. Mes enfants bien installés chez une personne de confiance, je me mets en route par une belle matinée de printemps. Je trouve facilement la maison de la Maman. Et quelle maison ! Une vaste maison ancienne avec un superbe jardin. Un petit château, écrin idéal pour une collection de poupées.

Je suis accueillie par une dame très élégante, très distinguée qui me jauge de haut en bas ! Evidemment, avec ma petite robe en coton et mes ballerines blanches, je ne fais pas le poids... contre C. Dior. Ce qui me sauve, je pense, c'est mon sac, un vieux sac Hermès que ma mère m'avait donné quelques années auparavant (merci Maman !). Elle le remarque. Je ne me laisse pas impressionner, du moins, je ne laisse rien paraître. Je pénètre dans la maison avec la dame. Sublime ! Ce qui me frappe tout de suite, c'est l'état de la maison. Pas d'odeur, pas ou très peu de poussière. Des fenêtres ouvertes sur le jardin. Des fleurs dans des vases... Je la suis à l'étage. Elle ouvre une porte et LA.... LA.... une pièce entière remplie de poupées. Une grande chambre avec un bow window garni de rideaux vieux roses. La lumière est tamisée. Partout des poupées gentiment assises sur de petites chaises, d'autres sur des étagères en bois, d'autre encore, endormies dans de vieux berceaux. Je suis figée, le souffle coupé. Je suis réveillée par un toussotement agacé.


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La dame m'explique que les poupées anciennes sont déjà vendues à un commissaire-priseur qui va bientôt venir les chercher. Pas assez tôt à son goût ! Ce monsieur ne veut pas les poupées Corolle, sans intérêt, qu'il a dit (imbécile, va !), sans aucune valeur (double imbécile !). Elle me dit qu'elle vend les poupées 80,00 euros la pièce ou 40,00 euros, si je les prends TOUTES et que je les emmène sur l'heure. (Merci M le commissaire-priseur !). Normalement, j'aurais dû appeler mon mari pour avoir son avis, enfin plutôt sa permission, en étant franche. Mais je m'entends répondre : "je prends toutes les poupées Corolle tout de suite". Aussitôt, une petite voix dans ma tête me dit : - "hé, ça ne va pas. C'est beaucoup d'argent tout de même. - cela ne te regarde pas trouble-fête. Je sais ce que je fais !" Avec le recul, je me rends compte que je ne savais plus du tout ce que je faisais. J'étais sous le coup d'une émotion très forte, dans un autre monde.



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Alors que j'écoutais d'une oreille distraite, ce que la dame me racontait : elle attendait la visite d'un architecte, que ma voiture (un Espace) était tout-à-fait adaptée au transport des poupées, qu'elle ne pourrait pas m'aider à les porter car elle ne voulait pas froisser sa jupe (!!!)....., je marchais parmi les poupées, caressant une joue rose, glissant mes doigts dans une anglaise, rectifiant le mouvement d'une robe, soufflant la poussière d'un petit chapeau en paille.

Mais quelque chose me gênait. Cette magnifique maison, si propre et qui semblait habitée. Il y régnait une drôle d'ambiance. Je sentais quelque chose d'impalpable, comme une ombre, mais aussi quelque chose de profondément humain, comme une présence bienveillante. Je ne me suis pas retournée lorsque j'ai posé la question. Dans mes bras, je tenais une très belle poupée Corolle, Flore jasmin. Je ne sais pas pourquoi, mais je la tenais très serrée, mon nez presque dans ses cheveux. Je l'avais délicatement prise sur sa petite chaise en bois, comme pour me rassurer. La dame, quant à elle, était toujours sur le pas de la porte. Elle n'était pas entrée et continuait à me parler des travaux qu'elle comptait entreprendre dans cette maison afin d'y recevoir ses amis du MONDE ENTIER et accessoirement ses enfants. J'avoue que je m'en fichais complètement de ses histoires. Sans attendre qu'elle se taise (je pense qu'il aurait fallu attendre longtemps !), j'ai dis d'une voix hésitante, mais claire : "votre Maman, cela fait combien de temps qu'elle est mo..., décédée ?"


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(J'ai acheté... 22 poupées Corolle en une fois et récupéré dans la poubelle du jardin (le jardinier devait y mettre le feu !) beaucoup de catalogues, des paires de chaussures et quelques boites. Je vois encore la tête de la dame horrifiée qui me regardait en train de fouiller avec beaucoup de soin et d'attention sa poubelle. A ce moment, elle a dû se dire que nous n'étions VRAIMENT PAS, MAIS VRAIMENT PAS DU MEME MONDE ! Elle avait complètement raison. Mais d'abord, cela m'importait peu et ensuite, chacune dans son monde, laquelle des deux était la plus heureuse ? Vous pensez comme moi, n'est ce pas ??)


Et là, elle pousse un cri et me dit : "Mais Mère n'est pas morte, loin s'en faut". J'étais très gênée, mais soulagée. La Maman était peut-être dans la maison, j'allais pouvoir lui parler de ses poupées. Génial !
Avant de pouvoir m'excuser de ma question maladroite, elle me raconte que sa maman est atteinte d'une forme très sévère de la maladie d'Alzheimer, qu'il y a peu, elle vivait encore dans sa maison, avec plusieurs infirmières qui s'occupaient d'elle, à tour de rôle, la journée comme la nuit. Mais son état ayant brutalement empiré, elle était devenue dangereuse pour elle-même et les autres. GRAND SILENCE de ma part. Difficile de répondre rapidement à ce genre de récit. Mais au demeurant, je n'avais pas vraiment besoin de parler car l'autre continuait à me raconter qu'elle était la seule héritière de cette maison et de la fortune de ses parents, que les papiers chez le Notaire étaient signés depuis le décès, il y avait dix de son père, et bla bla bla et bla bla bla....... Je vais vers elle pour voir son visage de près, pour essayer de mieux comprendre et je lui dis : "où se trouve votre Mère aujourd'hui ? "
Elle me répond :- "Dans une maison de retraite médicalisée à deux pas d'ici. - A deux pas d'ici ? Je vais aller la voir !" Qui a dit cela ? Mais c'est moi ! Et de nouveau la petite voix qui me murmure : "Mais t'es fêlée du bocal, toi, aujourd’hui ? T'as vu l'heure ? Et puis, tu ne la connais même pas, cette dame ! - Oui et alors ? Aide-moi au lieu de m'embêter !".


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Nous avons quitté la chambre aux poupées et regagné le jardin ensoleillé. Les fleurs sont magnifiques. J'ai de l'énergie à revendre et un enthousiasme à escalader des montagnes. La dame me dit : "Mais vous n'y pensez pas très Chère. Mère est enfermée dans son monde. Elle ne me voit plus et n'a pas parlé depuis plusieurs semaines. Je ne vais plus la voir. Je ne supporte pas de la voir ainsi. Que voulez-vous aller faire dans cet endroit ? - "C'est simple, je veux savoir si elle accepte de me vendre ces poupées ?" Et l'autre se met à rire en me traitant de gentille petite idiote.

Et là, je suis sauvée par son portable ! Cet engin dernière génération se met à sonner, elle décroche et part dans une grande conversation en anglais. Et tels mes enfants lorsque je suis au téléphone, je la suis, je la colle en murmurant : l'adresse ? Donnez-moi l'adresse ? Vite l'adresse ? Elle met sa main sur le micro et impatiemment me répond, 12 rue... et reprend sa conversation qui semblait de la plus haute importance. Mais au moment de quitter le jardin, je remonte dans la maison et je reprends Flore. Je dévale les escaliers en courant et toujours en courant, je repasse devant la dame en brandissant la poupée. Je crie : " C'est à cause des mites, je veux voir à la lumière du jour s'il n'y en a pas dans le tissu". Elle s'en fiche complètement, occupée à raconter ses dernières sorties.


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Je marche vingt mètres sur le trottoir et je me rends compte que je ne connais même pas le nom de la personne que je veux aller voir. Je connaissais bien celui de la fille, mais c'était son nom d'épouse. Soudain, l'idée, la boite aux lettres ! Je retourne sur mes pas. Il y a bien un nom sur la boite aux lettres. Madame A... Sauvée ! Et de loin, j'entends toujours l'autre parler en anglais.
Je ferme les yeux et.... me revoilà, marchant dans les rues de cette ville inconnue. Dans ma tête, j'avais l'adresse de la maison de retraite, le nom de la dame, mais dans quelle direction aller ? Le premier commerce fut le bon. Une fleuriste. Elle m'explique qu'elle connaît très bien l'endroit pour cause de livraisons fréquentes et m'indique le chemin. Première à droite, puis à gauche.... En route. Et soudain, la petite voix revient à la charge : "Tu fais quoi là, tu vas où comme ça, tu crois qu'ils vont te laisser entrer comme ça, juste parce que c'est toi ?? - Tu es tout le temps contre moi aujourd'hui ? Pourquoi veux-tu me gâcher ma journée ? Tu as peut-être raison (comme souvent !), mais je ne veux pas t'écouter. SILENCE là-haut !"

Je suis arrivée à présent. Je demande à la réceptionniste où se trouve la chambre de Madame A... en espérant très fort qu'elle ne me demande pas mon nom et mon lien de parenté avec Mme A.... Souriant, elle me répond que celle-ci est actuellement dans le jardin avec une infirmière. Elle se lève, m'accompagne sur une terrasse et me montre deux personnes assises sur un banc à l'ombre d'un arbre. Je la remercie et un peu tremblante ou inquiète (??), je me dirige vers la dame et l'infirmière. Je dis bonjour avec un sourire timide. Seule, l'infirmière me répond. Je place quelques phrases banales sur la beauté des lieux, le beau temps, les fleurs.... Pas de résultat. L'infirmière me regarde très professionnellement, mais ne me demande rien, ne me dit pas de partir. Je suis assise sur le banc à la droite de la dame. J'ose à peine la regarder. Elle est très calme. Je la trouve belle et distinguée. Je suis très mal à l'aise. Zut, la petite voix avait encore raison. Qu'est-ce-que je fais là ?


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J'ai chaud. Je tripote nerveusement mon gilet que j'ai posé sur mes genoux. Je ramène mon sac vers moi. Il n'est pas fermé car il est trop rempli. FLORE, mais bien sûr, FLORE, aide-moi ! Tout doucement, je me suis agenouillée devant la dame pour atteindre ses yeux. FLORE a rempli l'espace vide qu'elle avait devant elle. La dame n'a pas bougé. L'infirmière non plus. Mais j'ai entendu une voix qui disait : "C'est une poupée Corolle, c'est Flore, ma Flore. Aimez-vous les poupées ? - Oui, j'aime les poupées (presque dans un soupir tellement j'avais peur que la voix ne s'éteigne) - J'ai une très belle collection de poupées. Venez, je vais vous la montrer et ensuite nous boirons le thé". La dame s'est levée, simplement et s'est dirigée vers la maison. Arrivée dans l'entrée, elle s'est assise sur une chaise. La visite était terminée. L'infirmière m'a demandé si j'étais de la famille. J'ai dit oui et je suis partie, complètement bouleversée.

 

Suite...

Par Mifaon - Publié dans : Reportages - Communauté : poupées
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