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Bébés Corolle

Bébés Corolle

Ils sont nés dans les ateliers Corolle entre le début des années 80 et la fin des années 90. Avec leurs petits airs tendres ou malicieux ils font chavirer les coeurs des petites filles et des plus grandes. Je vous invite dans l'univers de ces jolis poupons.

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Le sexe d'un ange









En 1965, alors que Catherine Refabert – future créatrice de la marque Corolle – travaillait dans l’entreprise familiale de ses beaux-parents « les poupées Clodrey », son petit garçon de 3 ans s’étonna qu’elle ne fabrique que des filles. Cette remarque ingénue est à l’origine de la mise au monde du premier poupon sexué.

 

La famille Refabert, toujours à l’affût de nouvelles innovations, décida de se lancer dans l’aventure. Georgette, la belle-mère de Catherine, se tourna vers les sculptures d’anges pour trouver un modèle, mais ceux-ci se révélèrent le plus souvent asexués. Elle trouva finalement comme inspiration un angelot bien caché dans la cathédrale de Chartres, et le « Chérubin au dauphin » du sculpteur Verrochio (le maître de Léonard de Vinci) au palais Vecchio.
Un modèle en plâtre, réalisé non sans mal par le sculpteur de l’entreprise mal à l’aise, fut présenté à l’approbation de l’Institut pédagogique de France qui trouva l’idée charmante mais fit refaire néanmoins sept fois le modelage. Finalement
« Petit Frère », fabriqué dans la toute nouvelle matière encore utilisée de nos jours, le chlorure de vinyle, ressemblait à un enfant de 2 ans, mesurait cinquante-trois centimètres, pesait 1,5 kilos et était vraiment unique. Il fut décidé qu’il serait présenté vêtu d’une simple chemise qui laisserait découvert le bas de son corps pour que personne ne soit pris au dépourvu. Au sein même de l’entreprise les discussions étaient animées, personne n’allait contre les idées du patron mais malgré tout beaucoup étaient choqués… Les plus jeunes pensaient cependant qu’un poupon sexué pourrait faciliter le dialogue avec les enfants concernant l’éducation sexuelle.

 

« P’tit garçon des îles » né dans les ateliers Corolle en 1993


Quand Claude, le beau-père de Catherine, présenta « Petit Frère » à l’acheteuse d’une chaîne de grands magasins français, il se heurta à sa pudibonderie et elle lui conseilla de le proposer plutôt aux suédois, plus « sexuellement libérés » lui dit-elle, qui seuls pourraient être intéressés par ce bébé quelque peu provocant… Effectivement, la compagnie scandinave contactée exigea même une exclusivité de trois mois pour la distribution ! Par contre, sur les Salons du jouet de Nuremberg ou de Paris, « Petit Frère » fit beaucoup parler de lui mais n’eut qu’un succès commercial mitigé, et c’est au moment où les premiers exemplaires furent distribués pour la vente que les passions se déchaînèrent vraiment. « Indécent », « provocateur », « immoral », tous les qualificatifs furent utilisés et la contestation dégénérait parfois en violences : plusieurs vitrines de magasins de jouets volèrent en éclats et la police dut intervenir dans nombre d’endroits pour protéger les commerçants ! Certains reçurent des lettres menaçant leur commerce de boycotte s’ils n’enlevaient pas le poupon de leur vitrine, beaucoup prirent peur et cachèrent prudemment « Petit Frère » dans leur arrière boutique… Mais finalement, les parents compréhensifs et tolérants étant majoritaires, de nombreuses familles l’adoptèrent et il finit par être bien accepté sur le marché.
L’exportation de « Little Brother » en 1967 aux Etats-Unis ne se fit pas non plus sans heurts, les américains ayant eu vent du scandale français, les conteneurs furent bloqués à la douane et ne reçurent leur visa qu’après avoir été soigneusement contrôlés et leur contenu jugé inoffensif !!! Ensuite les ligues de consommateurs firent beaucoup de tapage : « Ce « Petit Frère » est un grave danger […], il affecte défavorablement la santé morale de nos enfants. […] Se taire face à ce péril n’est pas une excuse. Se taire sera la honte de l’Amérique. », ce qui n’empêcha pas toutes les commandes de se vendre. Heureusement, pour rétablir la balance, des personnalités prirent sa défense comme le Pédiatre Milton Levine Professeur à l’Université de Cornell, ou Helen S.Arustein dans son livre « L’Enfant et le sexe » devenu un best-seller aux Etats-Unis.


Pas de doute, les Refabert étaient en avance sur leur temps !!!





Source : « Un amour de poupée »
Catherine Refabert – Ed. Albin Michel 1994

 

Vous trouverez  ICI une présentation de ce livre passionnant !


Publié le 11/08/2007 à 18h29 dans Reportages

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