Bébés Corolle

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Souvent, je me suis dit que j'aurais dû rester, mettre Flore dans les bras de la dame, lui parler encore.... Mais sur le moment, je n'ai pensé à rien. Tout cela était bien trop compliqué pour moi. Cette dame était atteinte d'une maladie grave, sans doute irréversible. Des gens très compétents prenaient soin d'elle, des médecins-spécialistes la voyaient quotidiennement. J'étais quoi, moi ? Une passante qui avait vécu un moment très fort. Je me suis retournée en passant la porte. L'infirmière était en train d'aider la dame à se lever. Elle semblait à bout de force. J'ai eu peur. Et si je lui avais fait du mal ? Et si à cause moi, son état empirait encore ? J'étais mal. Mais l'infirmière m'a souri, pour la première fois. C'est la dernière image que j'ai gardé de cette scène douloureuse. Le lendemain, j'ai téléphoné à la maison de retraite pour avoir des nouvelles de la dame. On m'a dit qu'elle se portait bien, aussi bien qu'hier et que demain, serait un autre jour...


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Les bruits de la ville, les klaxons m'ont rapidement ramené à la réalité. Ma réalité, c'est que j'avais très faim. Je n'avais rien mangé depuis ce matin et il était presque 16 h. Vite, un petit pain au chocolat ou une brioche. Rejoindre la grande maison et ramener les poupées avec moi.
C'est vrai, la dame ne m'avait pas donné son accord. Elle ne le pouvait pas. Mais dans toute cette émotion, un sentiment avait fait son chemin. Et si moi, je n'en étais pas sortie indemne, la petite voix non plus. Alors que le mot "payer" se cognait partout dans ma tête, comme une chauve-souris, j'ai entendu la petite voix : "Je crois qu'elle t'a confié ses poupées. Tu ne peux pas la trahir. Tu n'en as pas le droit. C'est toi qui est allée vers elle..." J'ai pensé à mon mari, à mon livret de caisse d'épargne. C'est sûr, il faudrait que j'affronte tout cela dès ce soir....


Mes jambes et mon cerveau fonctionnaient à la même vitesse. Mes pieds avaient hâte de retrouver la grande maison avec les poupées, de remonter dans la voiture et de rentrer à la maison. J'avais besoin de retrouver mes enfants et ma maison. Mon cerveau, lui était en ébullition. A chaque pas, une espèce de colère montait en moi contre la fille. J'estimais qu'elle ne s'occupait pas bien de sa Maman, qu'elle n'avait pas le droit de vendre les poupées. J'étais aveuglée par une colère sourde et violente, un orage très noir. Et puis, je me suis mise à pleurer, à pleurer très fort. Trop d'émotions. Ces larmes me faisaient mal car j'essayais de les contenir. J'étais dans la rue, il y avait du monde. Cela faisait du bruit et je marchais de travers. J'ai avisé un petit square et je me suis assise par terre derrière un banc.


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J'étais cachée. Lorsque mes larmes ont arrêté de couler et que j'ai repris conscience que j'avais un corps, que j'étais vivante, que j'aimais mes enfants, que j'étais heureuse, j'ai entendu la petite voix, cette petite voix, toujours la même. Nous avons tous une petite voix qui s'occupe de nous et qui nous dérange... souvent. La mienne est insolente, moqueuse et a souvent tendance à me renvoyer mes erreurs à travers la figure. Elle ne m'épargne pas ou peu. Mais c'est une complice indispensable. Nous sommes unies pour la vie. Je lui dois beaucoup, mais ne le lui dites pas !

La petite voix me dit "ça y est, c'est fini ce gros chagrin ?". La petite voix avait une drôle de voix, presque tendre... Elle continue : "ne te mets pas dans des états pareils, cela ne sert à rien" - "oui, je sais, si c'est pour me dire cela, ce n'est pas la peine !" - " du calme, ce n'est pas de ma faute si tu es en colère. Je comprends ta colère, mais elle n'a pas lieu d'être. Pourquoi te fâcher contre une femme dont tu ne sais rien à cause d'une autre femme dont tu ne connais rien non plus. Tu imagines des choses à cause de ce que tu as vécu aujourd'hui. Tu n'as pas le droit de juger, de condamner l'une et de plaindre l'autre. Tu ne sais rien de leur vie, de la vie de maman de l'une et de la vie d'enfant de l'autre. A cause de la terrible maladie de la vieille dame et à cause de la conduite que tu as jugée choquante de sa fille, tu as quitté ta place et tu en as prise une autre qui n'est pas la tienne. Tu as voulu être juge. Tu n'en as ni le droit, ni les compétences. Il faut que tu acceptes la situation comme elle est. Cela n'est pas de ton ressort. Certes, il y a injustice : pourquoi cette maladie de m..., pourquoi sacrifier les poupées ? Mais tu ne peux rien ou presque rien changer. Oublie ta colère, cesse de juger et regarde les choses positives de cette journée pas comme les autres.
Dans le cas contraire, tu ne t'en sortiras pas et tu risques de faire (encore !) des bêtises. Je ne pourrai peut-être plus t'aider...


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Comme on dit souvent, après la pluie, le beau temps. Je me suis ramassée comme j'ai pu et j'ai rejoint la grande maison, un peu plus légère. Mon absence n'avait en fait duré qu'une heure environ, un moment d'éternité de 60 minutes ! "Mon amie" était quelque part dans la maison. Depuis le jardin, je l'entendais parler à quelqu'un. J'ai sonné et j'ai crié "c'est moi". C'est moi, c'est idiot. Elle me connaît à peine. J'ai rajouté "la dame pour les poupées Corolle"- "ha oui, entrez. J'arrive" - "Ne vous dérangez pas, je vais préparer la voiture pour emmener les poupées". Vous êtes témoins, j'étais très polie ! Dans la voiture j'ai une brosse à vêtements à cause des poils de mes chiens. J'ai donc brossé et brossé encore les sièges afin d'accueillir dignement mes princesses. Mais le résultat n'était pas à la hauteur de mon énergie. J'étais contrariée. La dame est sortie en compagnie d'un monsieur. Il s'agissait de l'architecte, le meilleur de Paris, pas moins. Nous avons échangé un vague bonjour (je n'avais pas le bon look avec mes cheveux en bataille et ma voiture aux portes grands ouvertes !). J'ai demandé "auriez-vous un drap propre ou une couverture à me prêter, je vous le rendrai" - "allez à la cuisine, vous y trouverez des draps blancs neufs destinés à protéger mes meubles durant les travaux. Servez-vous. Je vous l'offre !" - "Royal". J'ai donc pu préparer le carrosse de mes princesses. Puis je suis montée à l'étage et deux par deux, je les ai descendues et mises dans la voiture. J'étais plus inquiète qu'elles ! Quelle grande famille tout-à-coup. Allais-je être "une bonne mère" ? Allaient-elles s'habituer à moi, à leur nouvelle vie ? Voila que je me mettais à dire des bêtises, la santé revenait ! Des bêtises, des bêtises, pas vraiment. Nous parlons toutes à nos poupées, nous savons toutes qu'elles ont ce petit supplément d'âme...



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Puis, j'ai pensé à mon mari qui savait très bien où j'étais et ce que j'y faisais. Le matin, avant de partir, il m'avait dit : "pas plus de 100, hein !". J'avais obéi, il n'y en avait que 22 !

Je suis remontée une dernière fois dans cette chambre aux poupées et je me suis assise sur une petite chaise vide et j'ai regardé autour de moi. Les autres poupées me souriaient, bienveillantes. "Qu'allez-vous devenir ? J'espère que vous trouverez une gentille Maman ?? " - "Vous les aimez vraiment, comme Mère les aimait !" La dame, la fille se tenait dans l'encadrement de la porte. Je ne l'avais pas entendu arriver. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit "entrez donc" - "Non, je n'ai pas le droit. Mère me l'avait interdit lorsque j'étais petite. Je ne suis jamais entrée dans cette chambre" - "Entrez, s'il vous plait. Votre mère m'a dit aujourd'hui qu'elle souhaitait vous voir entrer dans cette pièce" (cette phrase est sortie toute seule, comme une main tendue) - "vous l'avez donc vue. Vous avez pleuré vous aussi, cela se voit. C'est triste, n'est-ce-pas ? Mère était une femme très forte, fille de militaire. C'est terrible de la voir ainsi. Cela va bientôt faire deux ans. Elle me manque beaucoup..."

Moment de grâce éphémère car elle s'est ressaisie immédiatement. Elle a tourné les talons en disant "je vous attends en bas !"
Je crois que toutes les poupées m'ont fait un signe de la main.




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Je l'ai rejointe dans l'entrée, j'ai fait mon chèque, nous nous sommes serrées la main (la mienne tremblait un peu) et je suis repartie, mais pas comme j'étais venue ! Je repartais avec 22 petites filles confortablement installées à l'arrière de la voiture, des petites chaises, des catalogues et surtout, surtout une nouvelle expérience qui m'avait permis de grandir un peu dans la sagesse et l'aventure humaine. La petite voix ne dormait pas, elle souriait......


Je suis arrivée à la maison, un peu fatiguée. J'ai rangé la voiture dans le garage et j'ai fermé la porte. J'ai "récupéré" mes petits qui, heureusement avaient pris leur bain et mangé. (Merci Isabelle chérie). Je les ai couchés et attendu mon mari.


Alors ? Alors voila, ai-je répondu en le poussant doucement vers la porte du garage. J'ai allumé la lumière, soulevé le drap blanc qui était replié et il a vu.... 22 petits visages souriants !
Waouh, c'est impressionnant !!
Tu es heureuse ? Oui !
Tu as des choses à me raconter ? Oui !
Tu veux que je t'aide à les monter ? Oui !
Tu me fais confiance ? Hé, elles ne sont pas en porcelaine, mes Corolle !





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Quelques mois après, un matin, j'ai trouvé une poupée qui n'était pas à sa place. La place était vide et la poupée était posée sur un meuble.
J'ai demandé à mes enfants s'ils avaient déplacé cette poupée. Non.
Je l'ai remise à sa place et puis je n'y ai plus pensé.
Le soir, en rentrant, mon mari me dit "ce matin, j'ai trouvé une poupée par terre. Elle a dû glisser. Heureusement, qu'elle n'était pas en porcelaine !"

C'était quand même bizarre cette histoire ? Pourquoi cette poupée avait-elle glissé ?
Cela m'a perturbé pendant plusieurs jours.
J'ai vérifié la position de chaque poupée, j'ai caressé leurs petites joues roses, j'ai glissé mes doigts dans leurs anglaises, j'ai remis l.... et j'ai pensé à la chambre aux poupées.
J'ai téléphoné à la dame. Elle ne se souvenait plus de moi, j'ai insisté... les poupées Corolle... la mémoire lui est revenue. Je n'ai pas eu besoin de lui poser la question : "Maman est morte au début du mois... d'une crise cardiaque.
J'ai surtout entendu un mot... MAMAN. Cela m'a fait chaud au coeur !


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Merci Emelbay pour cette très belle histoire !


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Mar 5 jan 2010 12 commentaires
Merci pour cette très belle histoire de vie!
Mandarine - le 05/01/2010 à 14h29
Merci beaucoup Mifaon. La mise en page est superbe. C'est un très grand honneur pour moi de figurer sur ton blog. Emelbay
emelbay - le 05/01/2010 à 16h12
bonsoir

quel blog  MAGNIFIQUE!!!  et quelle histoire fabuleuse....

depuis le temps que je promets à élisée  ( l'artiste aux doigts de fée qui habille mes poupons calins corolle 30 cms )  de mettre un commentaire sur ce blog extraordinaire    alors désormais c'est fait ...


merci à mifaon pour ce blog  qui me fait redevenir une petite fille chaque fois que je le regarde
et merci à cette collectionneuse corolle pour cette magnifique histoire.

BONNE ANNEE 2010

Véro
véro - le 05/01/2010 à 19h07
Merveilleuse histoire joliment racontée. Merci à cette collectionneuse et une nouvelle fois à Mifaon qui sait si bien nous faire partarger son amour des poupées. Bonne année 2010 à vous deux. Amitiés. Joce
joce - le 06/01/2010 à 01h20
Bonjour,  je voulais vous dire merci pour ce blog magnifique !!! je suis collectionneuse débutante, et je suis sans arrêt sur votre blog qui m'apporte beaucoup !! je l'ai trouvé grâce à votre lien dans une de vos annonces sur ebay !
Cette magnifique histoire m'a fait évidemment couler des larmes !!! mais je suis sensible !!! MERCI aussi pour les catalogues !!
ENCORE BRAVO et MERCI !
                                         Véronique
Véronique - le 10/01/2010 à 12h24
Cette histoire est impressionnante, mais presque dérangeante. Car c'est le style de rêves qu'on fait toutes, et que l'on croit irréalisable.
Or, la confrontation à un tel évènement, empli de  "trop":  trop d'émotions, trop de poupées d'un coup, trop de chance... doit  être source d'un certain malaise, dont on voit bien qu'Emelbay a souffert ce jour là.
Mais pour un tel résultat cela vaut bien la peine de s'égarer une ou plusieurs journées et a réellement le goût du rêve. Quand on ferme les pages de cet article, c'est comme si on tournait la dernière page d'un conte,  on a du mal  à y croire mais un peu de magie est ajoutée en nous.

nanou - le 12/01/2010 à 07h58
Merci pour cette émouvante histoire !
J'ai découvert ce blog par un lien chez Poumi, je sens que j'y reviendrai...
Amitiés, pepee
pepee - le 12/01/2010 à 12h52
Bon, ben moi, j'en ai des larmes pleins les yeux. Je me vois dans quelques années dans ce jardin, aux cotés de l'infirmière...........qu'adviendra-t-i de mes poupées..........après? Mais soyons positives, pour l'instant nos chères princesses remplissent nos vies, les vraies, et il faut en profiter sans penser à l'avenir.
Marraine
Marraine - le 12/01/2010 à 14h03
Merci, cette histoire m'a touchée aux larmes !
Anned - le 29/01/2010 à 16h18

Merci pour ce témoignage , j'ai reconnu plusieurs poupées qui avaient été à la maison , dont une offerte par Catherine Refabert créatrice de ces poupées, j'ai pleuré d'émotion, j'ai dû m'en séparer pour une question fionancière et je ne sais pas où elles sont, je leur ai consacré beaucoup de temps , de mon travail mais la passion ne se commande pas........si vous connaissez une petite poupée qui s'apellait "Marie Corolle" vendue dans une boite en carton en forme de cabine de plage d'autrefois , j'étais passé par là !

nous pourrions échanger si vous le souhaitez

ZOLI POUR ROSE - le 15/07/2011 à 07h31